Colloque « Curating & Editing » (22-24 octobre 2025, Luxembourg)

Le 24 octobre 2025, Enzo D’Armenio, titulaire de la Chaire Communication numérique, jeu et santé publique, a présenté une communication lors du colloque « Curating & Editing. Entre Musées et Médias : gestes de la connaissance des images ».

Ce colloque s’est tenu du 22 au 24 octobre 2025 au Luxembourg. Il a été organisé par Gian Maria Tore et Roxanne Loos (Université du Luxembourg), à l’occasion de l’achèvement du projet ANR-FNRS « Augmented Artwork Analysis. Computer-aided interpretation device for art images » (PIs : Pierluigi Basso Fossali et Gian Maria Tore, https://icar.cnrs.fr/aaa/).

L’événement a permis de tester, au Musée national d’archéologie, d’histoire et d’art du Luxembourg, le prototype d’une application pour tablette offrant une perception et une interprétation augmentées d’œuvres d’art. Il a réuni des chercheuses, des chercheurs et des commissaires d’exposition travaillant dans les domaines des muséologies et des media studies.

La communication d’Enzo D’Armenio a présenté un projet portant sur l’usage ludique de l’IA générative en contexte de santé mentale.

Voici le résumé de la communication.

Commissariat et montage d’archives personnelles : l’IA comme outil de figuration de l’imagination de soi

Cette intervention propose une utilisation alternative des procédures de commissariat et de montage, propres au travail d’exposition dans les musées, en les réorientant comme outils de narration personnelle assistée par l’IA générative.

Le postulat de départ est que les IA génératives (ChatGPT, Midjourney, Runway), plutôt que d’être conçues comme des substituts qui menacent le travail humain, peuvent au contraire être envisagées comme des outils collaboratifs permettant de traduire l’imagination en figures. La littérature sémiotique et esthétique a déjà formalisé certaines différences entre l’image « interne » et les figures inscrites sur un support : si la première relève d’une faculté esthético-cognitive — étant privée, positivement indéterminée et perpétuellement active dans la perception, le souvenir et l’imagination — les secondes sont stabilisées, intersubjectives, dotées d’une composition et reliées à une tradition ou à une culture visuelle.

Mon hypothèse est que la production d’images à l’aide de l’IA générative permet d’explorer et d’opérationnaliser l’écart entre imagination et figuration. En s’inspirant du modèle des expositions biographiques ou monographiques au musée, cette intervention entend présenter les fondements théoriques d’un usage patrimonial et thérapeutique des procédures de curatelle (au sens du commissariat d’exposition) et de montage assistées par l’IA. Elle s’intéresse en particulier au potentiel de ces pratiques dans des contextes non strictement artistiques, comme celui de la mémoire autobiographique à un âge avancé. En effet, la génération d’images par l’IA peut servir à configurer en images des souvenirs dépourvus de témoignages iconiques, offrant ainsi aux individus l’opportunité de raconter, reconstruire et partager des moments significatifs de leur vie.

Dans cette perspective, il ne s’agit pas de produire un résultat esthétique satisfaisant, mais bien d’activer un processus narratif et affectif, d’édifier et d’explorer un atlas personnel, et de configurer une manière de penser avec les images.